Le pays de Franchimont, c’est une forteresse fantomatique au sommet d’un éperon rocheux. C’est la vallée que trace la Hoëgne, ruisseau né des Hautes-Fagnes, jusqu’à la Vesdre où il se perd. Ce sont les villages de pierres grises qu’il traverse, Sart, Tiège, Theux, Polleur. A l’aube du 20e siècle, un instituteur à la retraite, songeur, se souvient du temps d’avant. Avant les automobiles, avant l’industrie, avant l’électricité…



Les souvenirs de Maurice Maréchal sont publiés dans les années 1930. Il les destine à ses petits-enfants, pour “que la mémoire ne se perde pas”. Il lui semble, en effet, avoir vécu dans un monde si étranger, si loin de celui qui s’étale sous ses yeux. Près d’un siècle plus tard, le voyage est encore plus vertigineux.
Ouvrons le livre : nous plongeons dans son enfance à Polleur, pendant les années 1870. Maquet le paresseux légendaire, Gérard le boulanger porté sur la bouteille, Mayanne la colporteuse hypocondriaque, ou encore le terrible curé-qui-voit-tout, peuplent le petit village ardennais presque autarcique. Il y a bien Verviers, la grande ville, à une journée de marche ; et Spa, la belle ville d’eau, riche, snob et cosmopolite. Mais la vie à hauteur de gamin, ce sont d’abord les chèvres, chats, écureuils et blaireaux, et surtout les vaches qu’on confie à sa garde fantaisiste. Par les yeux du petit Maurice, on se faufile dans les buissons remplis de fruits sauvages. Un terrible orage menace un troupeau de moutons. Les soirs de pleine lune, des fantômes apparaissent dans les chemins creux. On raconte qu’un centaure hante le bois de Staneux. Qu’une vouivre venait boire à la fontaine. Qu’à Noël, le douzième coup de la minuit révèle un trésor dans les sous-terrains du château. Par petites touches, avec pudeur et poésie, le vieil homme peint une fresque délicate de cette vie à la fois si proche et si lointaine de nous. Un voyage dans le temps, d’une infinie tendresse
J’ai découvert le livre de Maurice Maréchal par la grâce du hasard et de cousins pollinois. Coup de foudre immédiat ! J’en ai tiré un jeu de cartes, fait de petits récits autonomes, piquants et pleins d’humour, que le public tire au gré de sa fantaisie et de ses intérêts. En chaque récit résonne la voix de Maurice Maréchal, pétillante et savoureuse.
J’ai le plaisir de présenter ce projet, cet automne, à Beauvechain et Ramillies, grâce à la Maison du Conte et de la Littérature du brabant Wallon. (Cfr agenda)
































